Novembre

C’est si difficile d’écrire. Si difficile de se dire que ces horreurs arrivent si souvent en ce triste monde mais qu’on est capables d’en prendre la mesure que lorsque ça arrive chez nous. C’est difficile de réaliser qu’on est devenus tristement habitués à l’horreur, aux minutes de silence, aux rassemblement, aux hommages.
Des trottoirs couverts de sang, des explosifs, des Kalashnikov, des hurlements, des débris, des gens qui s’échappent par les fenêtres, et d’autres qui n’en réchappent pas.
C’est notre pays tout entier auquel on a porté atteinte le 13 novembre 2015. A notre éthique, à nos valeurs, nos grands espoirs, nos erreurs, notre peuple et ce qu’il incarne. On a voulu mettre à feu et à sang ce que nous sommes: une nation, un pays bleu blanc rouge, ou black blanc beur, imprégné de mélanges et de mixité, d’Histoire – glorieuse, parfois honteuse, de faux-pas; une nation qui respire le changement, qui aspire à la convivialité, qui encourage la liberté des actes et des pensées, qui fustige la tyrannie, qui vit de musique, de fêtes, de bonne chair, de partage. Un pays qui danse, qui lit, qui fête Noël, Ramadan et Hhanoukha. Une jeunesse qui se réfugie dans de petits cafés ou des théâtres poussiéreux pour passer l’hiver, qui vit jusqu’au petit jour en terrasse ou dans des festivals l’été. Un peuple au sein duquel se côtoient végétariens, férus de charcuterie, voiles colorés ou moins colorés, buveurs de bières, buveurs de thé, buveurs de rien, mais tous français. Un pays qui mise sur l’éducation, la culture, l’intégration, malgré ses ratés, ses erreurs, ses actes manqués. Une génération qui bouge, qui s’implique, se mélange, voyage, est curieuse de tout. Des familles recomposés, des bébés qui naissent, cafés au lait, blancs, cafés noir ou caramélisés, nourris au boeuf bourguignon, à la chorhba, à la baguette, aux kreplachs, aux frites de mac do, au thiou de boeuf, poulet au curry, tartes au citron, le tout arrosé de coca, d’eau de source ou de vin rouge. Des papas qui font la cuisine, des mamans qui montent des meubles, des couples de mamans qui s’aiment et des papas qui adoptent. Un peuple qui aime la philosophie, souvent autour d’un verre, c’est vrai, qui aime les lieux de vie, la littérature, un peuple qui aime parler d’amour. Des générations de poètes, classiques et plus modernes, des rappeurs prodiges et des rockeurs lyriques, la poésie de points de vues éclairés sur ce que nous sommes, des mélodies pour parler d’une France qui a le sens du rythme et de la rime.
Ils ont voulu détruire les symboles de notre génération, le coeur de notre jeunesse mixte, hédoniste, consciente, pleine de vie. Ils s’en sont pris à des gens sans défense qui respiraient le partage, buvaient un verre un vendredi soir, dans un quartier parisien imprégné de dolce vita. Ils s’en sont pris à des gens venus se réchauffer dans la convivialité d’un match de foot amical, symbolisant la ferveur populaire et l’amour de cette discipline universelle qu’est le sport. Ils ont touché le rire, la beauté, la fureur de vivre. Ils veulent nous monter les uns contre les autres, ils veulent qu’on se livre bataille et qu’on se retourne contre ce qui nous est cher, ce qui nous unit. Ils veulent qu’on ait peur, peur d’être libres, peur d’être soi, peur d’être nous, ensembles. Ils nous provoquent, ils veulent qu’on finisse par nourrir le monstre nous-même en laissant les extrémistes prendre le dessus et les enfants d’immigrés se sentir exclus de leur propre terre.
Alors on dirait bien que 2015 se termine comme elle a commencé, dans le deuil, la douleur, l’incompréhension. Face à ce sentiment d’impuissance et l’obligation d’accepter une souffrance que l’on a pas choisie.
Ma belle France, pays de liberté, pays qui vit, pays qui rit, qui pense et qui n’a jamais hésité, au cours de son histoire, à se lever contre les infamies, pays qui aime, pays qui danse, pays qui prie, qui gueule ou qui médite en silence. Croient-ils vraiment venir à bout de nos espoirs, de nos rêves, à coups de Kalashnikov, de barbarie et de douleur, croient-ils vraiment pouvoir nous déposséder de notre âme, nous rendre violents envers nos frères et soeurs, nous enlever le sourire, croyez-vous vraiment que ces gens puissent venir à bout de nous, à bout de la vie elle-même?

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Hélène B

Paris . English Studies . Literature, cinema, music . Environment friendly . Medias lover Instagram: helahboo Twitter: HeleneBourelle

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