The Good Immigrant

Aujourd’hui, je voudrais parler d’un livre que je pense qu’il faudrait mettre entre toutes les mains. (Pour l’instant, il n’existe qu’en anglais, mais la version traduite sortira incessamment sous peu).
« The Good Immigrant » est un ensemble d’articles écrits par des personnalités britanniques (écrivain.es, comédien.nes, stylistes etc) issu.e.s des secondes et troisièmes générations d’immigrés, qui se racontent à la lumière du fait qu’ils sont, irrémédiablement, toujours renvoyés à leurs origines ‘étrangères’. L’ouvrage est coordonné par Nikesh Shukla. La version américaine va également bientôt voir le jour.
Pour l’instant, je ne crois pas que nous ayons un équivalent français, et c’est pour ça que de mon point de vue, ça vaut le coup de se pencher sur cette oeuvre, qui fait écho à l’histoire de l’immigration à la française.
Ce livre est important car si je regarde ma situation personnelle, bien qu’alertée depuis assez jeune sur les défis posés par leurs origines aux immigrés et à leurs descendants dans nos sociétés occidentales, dans la vie, concrètement, les exemples de différences de traitement m’ont longtemps échappés.  Je savais que de telles différences existaient, et pourtant, pendant longtemps, peu de cas concrets m’ont permis d’en prendre la mesure. 
C’est en arrivant à la fac et, plus tard, en partant vivre en Angleterre que j’ai réalisé à quel point nos vies n’étaient pas les mêmes, qu’on soit né de parents de type caucasien ou nés de parents issus de l’immigration. En fait, plus j’y pense, plus je me rends compte avec stupéfaction qu’hormis pendant mes premières années à l’école primaire, dans un quartier populaire de Lyon où les blancs se comptaient sur les doigts d’une main, l’essentiel de ma vie et de ma scolarité – passée dans une banlieue résidentielle à 25 km de Lyon – a été marqué par une frappante absence de mixité, où les non-blancs se comptaient sur les doigts d’une main (toujours est-il que cet endroit où j’ai passé mon enfance et une partie de ma jeunesse abrite un  électorat FN conséquent, mais je m’égare..)
C’est donc une fois adulte, ou presque, que j’ai pu remarquer que concrètement, tout le monde ne bénéficiait pas du même traitement. Et c’est en cela que ce livre est très éclairant. Il met des mots – à base d’exemples concrets et qui peuvent paraitre anodins – sur la difficulté de se construire dans une société où l’on est pas ou peu représenté, ou du moins où l’on ne peut s’identifier aux personnes qui ont voix au chapitre dans les médias, où le seul visage de l’immigration qui nous est donné à voir est plus souvent celui des fauteurs de troubles que de personnalités inspirantes.
La vérité c’est qu’encore aujourd’hui, la plupart des postes à haute responsabilité sont détenus par des hommes blancs. La plupart des professeurs, et surtout dans l’enseignement supérieur, sont blancs. Les médecins spécialistes (du moins en France) sont blancs. La majorité des écrivains à succès, dont on fait l’article dans des revues de littérature, sont blancs.
La question n’est pas de médiatiser des personnes issues de l’immigration afin de simplement satisfaire les quotas. L’enjeu, c’est la représentation de la mixité sociale et ethnique, qui construit dès notre plus jeune âge notre estime de soi, qui façonne nos projets etc.
C’est ce que raconte l’auteure nigériane, citée dans cet ouvrage, Chimamanda Ngozi Adiche (♡♡♡) de ses souvenirs d’enfance, marqués par une imagerie dominée par des personnages blancs, auxquels il était impossible de s’identifier. Impossibilité donc, de s’identifier à la culture dominante, ce qui renvoie des signaux forts d’invisibilité dans un contexte social global. On évolue dans une société où le blanc détient la valeur d’universel, où « the default is white », et c’est tellement ancré que souvent, on n’est pas amené à questionner tout ça.
L’un des articles souligne par exemple le fait que nos sociétés occidentales sont imprégnées de traditions venant de pays anciennement colonisés. On ne s’aperçoit souvent plus de ce phénomène d’appropriation, tant ces éléments sont assimilés à la culture occidentale, sans jamais qu’on leur reconnaisse leur identité d’origine. Ça a lieu dans la gastronomie, la mode, la musique etc, et c’est ce procédé qui fait, selon l’auteure du dit article (Sabrina Mahfouz), que la domination coloniale se perpétue.
Ce qui m’a frappé lors de mes années en Angleterre, c’est le fait que mes amis issus de l’immigration ( indienne, turque, pakistanaise, etc) me racontent sur le ton de l’anecdote les moments assez récurrents, passés dans des aéroports lors de voyages internationaux, à se faire fouiller, contrôler, interroger, simplement à cause de leur nom et de leur faciès. Comment supporte t-on de vivre dans des pays où on est né, où on habite depuis des années, qui considère toujours que vous n’êtes pas chez vous, que vous êtes un potentiel délinquant?
Moi en tous cas, quand je prends l’avion, où que j’aille, j’y vais en pleine confiance, et je devrais peut-être finalement considérer qu’il s’agit d’un privilège, et d’un privilège honteux.
En attendant, le bouquin ne va pas changer le monde de sitôt, mais c’est un peu début, non? 

 

Advertisements

No plastic no problem

English below 

Je vais manquer ici cruellement d’originalité, mais finalement, pour ce qui est des questions environnementales, ne pas être original est le signe éminemment positif que l’on médiatise enfin cet enjeu primordial!

Je vais donc parler écologie et plastique. Sur les réseaux sociaux, les bonnes résolutions concernant la limitation des emballages plastiques se multiplient. En effet, le plastique semble être un ennemi de taille à combattre, ou du moins, un élément omniprésent dans nos vies depuis toujours qu’il convient désormais de questionner sérieusement. Ici encore, comme lors de mon article concernant la consommation de viande, loin de moi l’idée de culpabiliser les citoyens/consommateurs. Les fautives sont bien sur les grandes industries, ces mannes financières soutenues par nos gouvernements lâches et indifférents, qui ne nous laissent bien souvent d’autre choix que de consommer des produits nocifs pour notre santé, vendus dans des écrins de plastique à usage unique (que nous payons également!) qui contribuent à détruire l’environnement à petit feu. Je ne suis pas pour que les citoyens se privent quotidiennement, fassent des efforts qui demandent une anticipation constante, des sacrifices et du temps, pendant que les puissants de ce monde détruisent tout sans se soucier le moins du monde des divers enjeux de santé publique, d’environnement, de nutrition etc.

De mon côté, cela fait quelques années que j’ai décidé d’aborder la question de l’environnement, non pas en me culpabilisant et en culpabilisant les autres, non pas à travers une dimension sacrificielle ou moralisatrice, mais à travers le prisme du soin de soi, et de son entourage. Parce qu’en effet, réduire les produits chimiques, le plastique, les pesticides et autres polluants et les chasser de notre environnement, c’est une manière de protéger la planète et de se protéger, de ménager notre corps et notre esprit, en bref, cela revient à se faire du bien, à tenter d’anticiper les maux et les maladies. C’est revoir toute notre manière de considérer et questionner notre environnement immédiat et nos habitudes : de quoi ai-je vraiment besoin? Qu’est-ce que je peux faire moi-même plutôt que d’acheter? En faisant moi-même, quelles économies cela me permettrait-il de faire? Cette dernière question n’est en effet pas à négliger, si l’on considère qu’on peut réaliser soi-même l’essentiel de ses produits ménagers, certains produits cosmétiques, gâteaux, soupes, sauces et j’en passe, et ainsi réaliser des économies non négligeables.

Chez moi, je commence à faire mes propres yaourts végétaux grâce à une yaourtière quasi neuve trouvée dans une recyclerie ( lait ou lait végétal + ferments). Cela va faire deux ans que je fais ma propre lessive, ce qui me revient à un coût annuel d’environ 22 euros ( paillettes de savon de Marseille bio + vinaigre blanc + bicarbonate de soude + huiles essentielles de lavande), et j’en suis ravie car en plus des économies, ma peau réactive souffre beaucoup moins et j’ai l’esprit tranquille de savoir que je ne pollue pas l’eau. Je m’apprête à fabriquer mon propre liquide vaisselle ( paillettes de savon de Marseille bio + cristaux de soude + vinaigre ménager + HE) qui sera stocké dans le bidon de produit vaisselle du commerce que je termine actuellement. J’expérimente ces jours-ci sans savoir si je vais continuer (c’est quand même assez spécial) le dentifrice maison ( argile blanche + bicarbonate de soude + eau + HE). (Je tiens à préciser que je ne fais pas du tout partie de ce courant de personnes qui décident d’assumer leurs odeurs et leurs flux corporels sans avoir recours à des produits d’hygiène. Je respecte leur engagement mais moi j’aime avoir la peau lavée et poudrée, ne pas sentir la transpi, et avoir l’haleine fraîche.) En fait, il suffit de se constituer une réserve de produits ménagers de base, écolo et économique, qui nous permettent ensuite de fonctionner de manière totalement autonome, et de conserver les emballages en ne les considérant plus comme des emballages à usage unique( bidon de lessive) pour y stocker nos concoctions.

Je trouve ce dernier point très satisfaisant et rassurant: dans un monde où les 26 milliardaires les plus riches du monde possèdent la moitié des ressources financières de la planète (véridique, titres du 20 janvier) et que l’essentiel d’entre nous se partage les miettes, peine à boucler ses fins de mois et vit dans la peur de ne pas pouvoir mettre d’essence dans sa voiture ou de partir en vacances au moins une fois par an (comme nous le rappellent les gilets jaunes), tout outil de réappropriation des ressources qui se trouvent à notre portée et de prise d’autonomie vis à vis des grandes enseignes est un geste, selon moi, éminemment politique. Car quand on se creuse la tête, sur beaucoup de points, on est finalement moins esclaves de la société de consommation que ce que l’on croit. Et pour revenir à mon idée de base, réduire le plastique, c’est aussi politique.

Alors bien-sûr, tout cela demande du temps, et c’est évidemment le gain de temps qui fait le fond de commerce des supermarchés, de l’industrie agroalimentaire et de ses emballages poison.

 

Mais contrairement à l’adage bien connu, je ne pense pas que le temps soit de l’argent. Le temps c’est bien plus précieux, car contrairement à l’argent, et aux choses matérielles, personne ne peut nous l’enlever, décider à notre place de ce qu’on en fait, personne n’a de prise dessus. Le temps, c’est la liberté, alors autant utiliser cette liberté à des fins utiles et agréables. Au bout du compte, chacun fait ce qu’il peut, à son rythme et à sa manière, mais à une époque où l’on réclame à corps et à cri le retour de notre agentivité, de notre autonomie et de notre souveraineté en tant que citoyens, où l’on commence à se poser les bonnes questions sur l’avenir de notre planète, la démocratisation des idées zéro plastique et le do-it-yourself ne paraissent-elles pas révélatrices d’une révolution ambitieuse et joyeuse, couvrant un spectre bien plus large que ce que l’on pourrait croire? Let’s hope so!

 

 

This article is about plastic, recycling, and the new do-it-yourself practices. I know, these are fashionable topics but I take this as a very positive sign that society is finally ready to handle the problem of plastic waste, and that we are gradually growing conscious of the fact that questioning our habits in terms of consumption has now become vital.

We’ve now become aware that plastic is the number 1 enemy. It’s been present in our lives since we were born, we see it everywhere, we buy it, we throw it away, we buy some more and so on. My point is not that we need to make ourselves, the consumers, feel guilty about the way things are organised. As for the question of meat consumption, let’s keep in mind that big companies and governments are the ones to blame, because they’re responsible for us consuming noxious food and products, for marketing stuff wrapped in plastic (which we pay, because the price of the package is included in the price of every single item we purchase) without knowing what will become of the plastic wastes, of damaging the planet. So it is not only our responsibility to make efforts and to re-think our way of living, because in the end, we do what we can do. 

As for me, I decided a few years ago to embrace a ‘philosophy’ focused on care. Care for myself, and others. Because reducing chemicals, plastic, pesticides, remove them from our homes, is a way of protecting the planet as well as preserving us from illnesses. It implies questioning what has always seemed obvious to us: what do I really need? Couldn’t I make that myself, instead of buying it? What money could I save, what wrapping could I avoid bringing home, if I made that thing by myself? 

Because truth is, you can actually very easily make your own household products, cakes, soups, sauces, dressings..

At home, I now make my own yogurts from vegetal milk, I make my own washing liquid – which only takes soap, bicarbonate of soda and essential oils and costs me around 22 euros/year – which proved very good for my skin – and my laundry-  so far. You can also do your own tooth paste, washing-up liquid, deodorant… (Just to be clear, I’m not on the side of the 100% natural people: I use cosmetics, makeup, and I am very concerned by hygiene.) And at the end of the day, making these things at home is way more gratifying, healthy and cheap than just shopping. It also allows us to reconsider the nature of the packagings we own: instead of throwing away our jars, plastic boxes and other containers without even questioning it, it forces us to reconsider the value we give to these mountains of stuff we are constantly surrounded by, encouraging us to consume and purchase less, and to appreciate more. 

Of course, all this takes time, and as we are often caught up in very busy lives, I am aware it is demanding an effort. And that’s precisely the reason why we all are such good clients to supermarkets. But, we can also choose to look at the other end of the spectrum: time has no monetary value, it is one of the only ressources which we can dispose of without anyone being able to take it from us, time is our only real source of freedom. Nowadays, encouraged by numbers of wake-up calls, we are finally asking for more agency, more autonomy from the capitalist system, more sovereignty as citizens. So ultimately, it all is very much political. And my take on the matter is that being just a bit less dependent upon all that makes us only a number among a grand scheme of consumers, is the most valuable thing we can hope for. 

Nous toutes

Ce soir, je suis à la fois en colère, peinée, et pleine d’envie de faire en sorte que les choses avancent. 

Ce soir, je reprends la plume après une longue absence sur ce blog, car mettre certaines choses en mots apparait parfois comme la seule manière d’exorciser le mal, et d’espérer que certains évènements n’aient pas été vains, qu’ils puissent donner du sens à la suite.

Ce soir, j’ai rejoins deux de mes plus proches amies pour boire un verre et dîner dans Paris. Nous nous retrouvons, toutes trois éprouvées pour diverses raisons, liées en majorité au fait que malgré le mal que l’on se donne, malgré les efforts fournis dans nos parcours respectifs, on se heurte trop souvent à des murs qui paraissent insurmontables. Et surtout, surtout, qu’on se retrouve impuissantes face à notre condition de femmes, dans une société encore essentiellement dominée par des hommes. Je sais que la question de l’égalité hommes-femmes fait la une des médias depuis des mois, que les témoignages de harcèlement se multiplient, que les relations entre les deux sexes s’en retrouvent malheureusement tendues à de multiples occasions, que l’on en entend tellement parler que parfois on aimerait ne plus avoir à en parler du tout.

Et pourtant, malheureusement, on est jamais au bout de ses peines quand il s’agit de harcèlement, de discriminations, et malgré les années, l’expérience des situations à risque, on se retrouve bien trop souvent amenées à faire face à des situations humiliantes, inquiétantes, qui nous paraissent inextricables.

Ce soir, donc, nous nous attablons à la terrasse d’un chic bistrot du 20ème arrondissement. On commande à boire et à manger, on rit, on se raconte nos journées, on évoque nos inquiétudes, nos angoisses, liées pour la plupart à la difficulté dans nos vies professionnelles de nous imposer, parce que femmes, face aux hommes. 

Nous essayons, ensemble, de déconstruire les mécanismes qui font que souvent, malgré les diplômes, le travail investi, la rigueur, on se sent lésées, sous-estimées, reléguées au rang de subalterne, de nunuche, de jeune ingénue.

Au bout d’un moment, mon attention se porte sur deux hommes à notre droite qui, attablés comme nous, semblent très intéressés par notre conversation. Ou plutôt, amusés. Je sens leur regard qui pèse sur nous, leurs sourires à peine dissimulés. Je finis par me lever pour me rendre aux toilettes, accompagnée de l’une de mes amies. En passant devant leur table, je note leur regard de défiance: ils me fixent, droit dans les yeux. Une fois à l’intérieur du bar, je confie à mon amie mon agacement. Elle, n’avait rien remarqué, ne se trouvant pas dans leur champs de vision. 

Je lui dis: “Vu notre discussion de ce soir, je commence un peu à perdre patience, je crois que je vais finir par leur dire d’arrêter de nous écouter l’air de rien et de nous fixer”. Elle me répond: “Franchement, vas-y, c’est justement le moment de mettre en pratique tous les conseils qu’on s’est donnés ce soir”.

Pas encore résolue à l’idée d’interagir avec eux, je retourne calmement m’assoir. Au bout de quelques minutes, ça recommence: je les sens qui tendent l’oreille, écoutent, rient, nous lancent des regards. Je me tourne vers l’un deux, et le surprend en train de me fixer. Je lance un sourire exagéré, tinté d’ironie. Il me rend un sourire crispé et gêné, visiblement surpris de la tournure que prennent les choses. 

Je finis pas lui dire, calmement, sans hausser le ton: “Est-ce que vous pourriez arrêter de nous fixer s’il vous plait? Je sens vos regards sur nous et ça me met mal à l’aise”. 

Le type nie en bloc, ne perd pas la face, continue de sourire, mais peine à cacher son malaise. Et puis, tout dérape très vite. Son ami se retourne à son tour, et commence à me hurler un torrent d’insanités : “Comment tu peux croire qu’on ait eu envie de te regarder, t’as vu comme t’es moche? T’as pas honte de sortir avec la gueule que t’as? Non mais on sait que c’est à la mode de s’en prendre aux mecs maintenant, mais franchement, qui voudrait de toi?”

Mon amie rentre dans la conversation et lui fait remarquer son agressivité, et surtout, le rembarre en lui faisant remarquer le médiocre niveau de sa répartie, finalement assez révélatrice du fait qu’il a été pris la main dans le sac. L’autre s’énerve encore plus, se déchaine, se lève, s’approche de nous, hurle, persiste dans sa critique de nos physiques, “des laiderons comme vous, non mais qui voudrait les regarder?”

Nous ne nous démontons pas, nous maintenons notre position, ne faisons pas de mouvement de recul devant l’énergumène qui gesticule et cherche visiblement à nous effrayer, répliquons calmement, mi-amusées par l’absurdité de son argumentaire, mi-horrifiées par la tournure que prennent les choses.

Finalement, en réaction aux cris, la terrasse s’emballe, le type se fait rabrouer de tous les côtés, le serveur s’emmêle. Le type est hors de lui, éructe, se contorsionne, nous balance les pires horreur qui lui viennent en tête, s’attaquant toujours à notre physique “rien que l’idée de poser mes yeux sur un laideron comme toi me dégoûte”, visiblement outré qu’on ait pu penser qu’un homme d’une telle qualité puisse s’intéresser à des pisseuses comme nous. Plusieurs tables le somment de se taire, de nous parler plus respectueusement, de partir. Quelques minutes plus tard, il sera éjecté du bar par le patron.

Plusieurs choses ressortent de cette expérience malheureuse:

-Les femmes dans l’espace public ne sont toujours pas en sécurité, et ne peuvent toujours pas jouir des mêmes droits que les hommes (le droit de dîner dehors, de se raconter en public, de rire fort etc) sans prendre le risque d’être dévisagées, raillées, ou rappelées à l’ordre.

-Ce que dit une femme n’a aucune importance, et on s’insurge même qu’elle ait l’impertinence de corriger les manières d’hommes inconnus: qu’elle exprime son malaise, ses craintes, sa colère.. semble tout bonnement inacceptable. On aurait pu éviter cette mascarade si le fait qu’une femme s’exprime ainsi, avec la même aisance que celle dont ces hommes faisaient pourtant preuve en nous dévisageant, n’était pas pris comme une atteinte directe à l’égo du mâle, dans ce cas précis, atterré que l’on ose lui faire des remontrances, lui faire remarquer son comportement incivil.

-Et au milieu de tout ça, la société est quand-même, lentement, progressivement, en train de changer: c’est malheureusement bien loin d’être la première fois que je suis confrontée à ce genre d’incident. Mais souvent, j’ai rencontré l’indifférence des gens autour, la plupart du temps fuyants, peu prompts à prendre partie. Ce soir, les gens autour ont réagi, surtout les femmes, contribuant à ce que le type se sente shitty as fuck. Ça n’aura, certes, pas changé la face du monde, mais au final, ce sont les deux hommes qui ont été marginalisés, ce sont eux qui ont dû partir, et ça, ce n’est pas rien.

Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai pris part avec une amie au cortège “ Nous toutes”, marche organisée le 24 novembre pour protester contre les violences faites aux femmes. L’un des slogans principaux était: “Une femme n’est jamais responsable du harcèlement qu’elle subit”. Ça parait simple, évident, et pourtant.. Ce sont des choses qu’il faudra répéter encore et encore, à nos amies, à nos soeurs, à nos filles, pour que les femmes prennent assez confiance en elles pour enrayer la machine infernale du sexisme et du harcèlement. Et qu’elles hurlent à la face du monde que ça suffit.

J’ai été profondément émue de voir autant d’hommes lors de cette marche, qui scandaient avec hargne et conviction des slogans féministes. Comme quoi, de plus en plus, on prend conscience que le féminisme n’est pas qu’une affaire de femmes. Et que certaines, certains, se mobilisent pour que ce monde soit un peu moins injuste pour nous toutes, et nous tous. Et qu’il faut parler. Parler et ne pas garder tous nos petits traumatismes pour nous, par peur d’être jugées responsables, par crainte des conséquences, par peur des hommes en général. Parler, et faire en sorte que toutes ces petites anecdotes dépassent le simple cadre du récit individuel, mais qu’elles puissent, si on y travaille, constituer les bases d’un mouvement collectif, basé sur l’entraide, la bienveillance, la responsabilité de porter assistance à celles et ceux qui se retrouvent en situation de fragilité. On est moins seules que ce qu’on croit. C’est de ça dont j’ai surtout envie de me souvenir à propos de nos obstacles du quotidien, et de notre mésaventure de ce soir. 

 

 

46516505_10216734009997391_191051161917194240_n

De la nécessité de manger moins de viande / Why reducing our consumption of meat

English below

Depuis plusieurs années maintenant, l’écologie est quelque chose qui me tient particulièrement à coeur: ne pas gaspiller les énergies qui sont à notre disposition, savoir être reconnaissant de son niveau de vie et donc ne pas vivre comme si tout ce qui rend notre quotidien confortable était acquis, considérer que nous ne sommes que passagers sur cette terre et que c’est la nature qui nous tolère, et pas l’inverse! A nous donc de vivre en paix avec celle-ci, d’être reconnaissant pour ce que nous avons et de s’opposer aux diktats du libéralisme économique et du produire toujours plus, afin d’éviter de bousiller notre environnement et aussi… notre santé!

Alors bien-sûr, cela nous prendrait énormément de temps de faire le tour de toute la question écologique et des risques liés au lynchage environnemental pour notre santé. On peut cependant commencer par une chose très simple, dont on parle – à raison- de plus en plus dans les médias: la consommation de viande.

Je vis actuellement en Angleterre et les questions liées au végétarianisme et au véganisme sont bien plus abordées chez nos voisins anglais, chez qui le mouvement vegan (venu initialement des Etats-Unis) s’est développé de manière extrêmement rapide ces deux dernières années. On parle donc de plus en plus des effets néfastes de la consommation de viande pour notre environnement et notre santé. Seulement, quand je rentre en France, c’est un peu comme si ces considérations sortaient tout droit du cerveau de dégénérés et que de toutes façons, “ si on écoutait tout ce qu’on nous dit, on ne mangerait plus rien”.
Sauf que malheureusement, le temps presse et que la gastronomie française basée sur la consommation de charcuterie, tripes, pieds de cochons et steaks saignants a bien du mal à s’adapter à la nécessité de changer ses comportements alimentaires face à l’urgence de la situation environnementale, et à ses implications pour notre bien-être. Il est très difficile pour un végétarien de se faire plaisir en France, que ce soit dans les restaurants ou les supermarchés, alors pour ce qui est des vegan, n’en parlons même pas! On ressent d’ailleurs assez nettement un tabou assez idiot vis à vis du fait de remettre en question les grands basiques à base de viande de la cuisine française..Immobilisme culturel?

Quelques chiffres qui pourraient nous éclairer sur l’impact de l’industrie de la viande sur l’environnement:

– Nous mangeons aujourd’hui trois fois plus de viande qu’il y a cinquante ans
– Le poids des animaux aujourd’hui  est 25% supérieur au poids des animaux destinés à l’élevage dans les années 70, de par le gavage ou l’utilisation d’OGM et de farines animales.
– L’élevage est responsable de 14,5% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde – c’est plus que le chiffre mondial d’émissions causées par les transports.
– L’élevage animal est responsable de la majeure partie des déforestations dans le monde. 70% des terres agricoles sont aujourd’hui utilisées pour l’élevage, et les grandes industries de la viande gagnent de plus en plus de terrain en déboisant des hectares de terre pour agrandir leur production.
– Il faut de 7 à 12 kg de céréales pour produire 1 kg de viande. Si l’on utilisait ces céréales pour nourrir des humains, le problème de la faim dans le monde serait réglé depuis longtemps.
– Les rejets de pesticides et d’engrais liés à l’élevage intensif dans l’eau sont à l’origine d’une grande partie de la pollution de l’eau.

-Produire un steak demande autant d’eau que deux mois de douches chez un particulier.

On peut être écolo autant que l’on veut, prendre des douches moins longues, faire du vélo, recycler.. Tant que l’on ne consommera pas moins de viande, tous nos gestes d’éco-citoyens seront considérés comme vains.
Il suffirait de réduire sa consommation de viande à 2-3 fois par semaine pour changer le cours des choses!
Infos: viande.info
Documentaire: Cowspiracy, The sustainability secret

La consommation de viande et la santé:

– En consommant de la viande, nous consommons de la chair animale élevée aux antibiotiques et aux OGM, qui restent ensuite de manière durable dans notre organisme. Nous absorbons aussi bon nombres de conservateurs.
– Les protéines végétales suffisent à un régime alimentaire sain. Le régime végétarien est même recommandé pour l’organisme.
– De nombreuses maladies cardio-vasculaires et cancers sont liés à la surconsommation de viande.
– Ne pas manger de viande rouge permet d’avoir une plus jolie peau! On se pose aussi des questions sur le rapport entre consommation de produits animaux et qualité du sommeil.

Infos: viande.info
Il semble donc aujourd’hui inévitable de questionner notre régime alimentaire.. Bien-sûr, cela n’implique pas de culpabiliser les mangeurs de viande ou de s’en prendre aux personnes qui disent ne pas pouvoir s’en passer.. Tout changement sociétal doit s’accompagner de bienveillance envers les autres, de patience et de temps!

Pour ma part, je ne suis pas totalement végétarienne, donc encore moins vegan. J’ai pris la décision de ne plus acheter de viande il y a quelques mois, donc de ne plus en cuisiner, et de m’accorder un repas carné à l’occasion de sorties au restaurant, une fois de temps en temps. Je ne suis pas encore prête à devenir Vegan. Mon amour pour le fromage est incommensurable, mais j’essaye d’utiliser le moins d’oeufs possible ( d’ailleurs, il faut absolument acheter ses oeufs BIO), je bois du lait et mange des yaourts de soja. Je réfléchis tout de même à éliminer tout produit animal de mon régime alimentaire, notamment parce que la question de la souffrance animale m’importe beaucoup. Sachez qu’en dehors des abattages, la plupart des vaches laitières et des poules pondeuses ont une vie cauchemardesque, faite de souffrances et d’angoisses.

Il faut à présent essayer de comprendre que l’industrie de la viande et l’industrie agro-alimentaire en général sont entièrement corrompues. Il ne faut pas croire tout ce qu’on nous dit et il est temps de remettre en questions certains faits établis ( Non, boire un verre de lait par jour n’est pas bon pour nous. Le lait est composé en grande partie d’hormones animales destinées à un agneau, et sûrement pas à un humain!  – on se pose d’ailleurs de plus en plus de questions sur le lien entre la consommation de produits animaux et certains désagréments cutanés tels que l’acné ou l’eczema). Les puissants de ce monde s’enrichissent de jour en jour grâce à ce genre d’idée préconçue. Sachez qu’aujourd’hui, la Chine est le plus gros consommateur mondial de viande: les pays en voie de développement produisent et consomment de plus en plus de viande, car elle est symbole de confort, de richesse et de réussite sociale. C’est en tous cas cette illusion qui permet aux grandes industries ET aux gouvernements de travailler ensembles et de contribuer à formater nos petits esprit, de détruire notre santé et notre planète.

Tout doit se faire par étape. Commencer à réfléchir et à se poser des questions est un premier pas nécessaire. Remettre en question les prescriptions ancestrales (“la viande est indispensable pour être en bonne santé”) et essayer de se positionner soi-même face à toutes les informations qui nous parviennent. Sans pour autant devenir végétarien, se poser des questions c’est déjà résister.

“Sois le changement que tu veux dans le monde”
Mahatma Gandhi

* * *

As you can see, the French version of this article is a bit longer than in English. Today I want to talk about ecology and the implication of meat consumption in the environmental problems we encounter. The reason why I spent more time explaining all the issues related to the meat industry in French is because, in my opinion, vegetarianism and veganism are still quite unpopular in France. Why is that? Probably because French people are so proud about their gastronomy and that eating is such a social tendency in France, that it is really hard for people to question their habits, just like it’s always been hard for every social movement to inspire people, when it tends at the same time to disturb ancestral social customs.

As I now live in England, I see everyday that more and more is done for people who have decided to stop eating meat, or to radically eradicate any kind of animal product from their diet. I am not saying that everyone in the UK is perfectly tolerant regarding vegetarians and vegans, but, at least, you can see in restaurants, cafeterias, supermarkets and cafés that there is a big choice of products for people who don’t want to eat meat, or who would prefer soya milk in their cappuccino instead of cow milk..

I am not vegan myself, not even completely vegetarian. I have made the decision a few months ago to stop buying meat myself, and to stop cooking it. Which means that I allow myself a burger when I go out, as well as I will eat the couscous that some good soul has prepared from me. Then you might ask yourself: why is she even writing about something she is not completely committed to?

I have always been very concerned about animal suffering. Even when I was little, I was kind of disturbed by having a dead corpse in my plate, and I could not help thinking about the suffering of the animal which had been killed for me to have this meal. Today, I think we need to consider animal suffering, to stop behaving like we own everything and we can decide about how we treat other beings, especially without considering their physical pain.

What must be highlighted here as well is the impact of the meat industry on our environment, as well as on our health. Slowly, we get to know more about the tremendous consequences that the meat industry has on water pollution, deforestations, water waste… This is now an emergency to question our habits, in order to reverse the impact of our industries on our planet. The documentary Cowspiracy explains with lots of details the amount of water used to produce meat. For example, we learn that in order to produce a burger, the quantity of water used is the same as 2 months of showering! We also get to know about the fact that the quantity of food used to feed animals is so important that we would end the problem of  famines in the world if we chose to feed humans instead. We can try to be eco-citizens as much as we want… but as long as people don’t decide to limit their meat consumption, to 2-3 times a week, ecological measures will be vain. I am not saying everyone should become a vegetarian, or a vegan, but questioning this system and trying not to eat meat everyday would be a great start.

China is today the country where people consume the biggest amounts of meat. This is a developing country in which people who have managed to insure their living can now afford eating meat everyday. Sociologically speaking, meat has always been a symbol of wealth and comfort, and that is why it is now time to talk about the danger of the meat industries because as time passes, the production of meat will increase even further.

We now need to acknowledge that meat is not good for us: neither for our environment, neither for our health. Specialists state that meat consumption could be held responsible for cancer, blood pressure problems and heart attacks. More and more, we start talking about the negative consequences that animal products have on us, because we’re slowly getting to the point of knowing that these products (like milk) are made for animals, and not humans.

We also need to understand the extent in which the meat industry is corrupted. This industry does not care about our environment or our health, does not care about animal suffering or about giving us good products to consume. The meat we now have access to is full of GMO, antibiotics, preservatives, in order to increase the size of animals, productivity and to make big firms richer. If we don’t want to be victims of this industry, and if we want to start changing slightly our society, for a more ecological, equal and healthy world, we need to question these habits of ours and say NO to the increase in wealth of industries, which slowly destroys our planet.

 

 

Novembre

C’est si difficile d’écrire. Si difficile de se dire que ces horreurs arrivent si souvent en ce triste monde mais qu’on est capables d’en prendre la mesure que lorsque ça arrive chez nous. C’est difficile de réaliser qu’on est devenus tristement habitués à l’horreur, aux minutes de silence, aux rassemblement, aux hommages.
Des trottoirs couverts de sang, des explosifs, des Kalashnikov, des hurlements, des débris, des gens qui s’échappent par les fenêtres, et d’autres qui n’en réchappent pas.
C’est notre pays tout entier auquel on a porté atteinte le 13 novembre 2015. A notre éthique, à nos valeurs, nos grands espoirs, nos erreurs, notre peuple et ce qu’il incarne. On a voulu mettre à feu et à sang ce que nous sommes: une nation, un pays bleu blanc rouge, ou black blanc beur, imprégné de mélanges et de mixité, d’Histoire – glorieuse, parfois honteuse, de faux-pas; une nation qui respire le changement, qui aspire à la convivialité, qui encourage la liberté des actes et des pensées, qui fustige la tyrannie, qui vit de musique, de fêtes, de bonne chair, de partage. Un pays qui danse, qui lit, qui fête Noël, Ramadan et Hhanoukha. Une jeunesse qui se réfugie dans de petits cafés ou des théâtres poussiéreux pour passer l’hiver, qui vit jusqu’au petit jour en terrasse ou dans des festivals l’été. Un peuple au sein duquel se côtoient végétariens, férus de charcuterie, voiles colorés ou moins colorés, buveurs de bières, buveurs de thé, buveurs de rien, mais tous français. Un pays qui mise sur l’éducation, la culture, l’intégration, malgré ses ratés, ses erreurs, ses actes manqués. Une génération qui bouge, qui s’implique, se mélange, voyage, est curieuse de tout. Des familles recomposés, des bébés qui naissent, cafés au lait, blancs, cafés noir ou caramélisés, nourris au boeuf bourguignon, à la chorhba, à la baguette, aux kreplachs, aux frites de mac do, au thiou de boeuf, poulet au curry, tartes au citron, le tout arrosé de coca, d’eau de source ou de vin rouge. Des papas qui font la cuisine, des mamans qui montent des meubles, des couples de mamans qui s’aiment et des papas qui adoptent. Un peuple qui aime la philosophie, souvent autour d’un verre, c’est vrai, qui aime les lieux de vie, la littérature, un peuple qui aime parler d’amour. Des générations de poètes, classiques et plus modernes, des rappeurs prodiges et des rockeurs lyriques, la poésie de points de vues éclairés sur ce que nous sommes, des mélodies pour parler d’une France qui a le sens du rythme et de la rime.
Ils ont voulu détruire les symboles de notre génération, le coeur de notre jeunesse mixte, hédoniste, consciente, pleine de vie. Ils s’en sont pris à des gens sans défense qui respiraient le partage, buvaient un verre un vendredi soir, dans un quartier parisien imprégné de dolce vita. Ils s’en sont pris à des gens venus se réchauffer dans la convivialité d’un match de foot amical, symbolisant la ferveur populaire et l’amour de cette discipline universelle qu’est le sport. Ils ont touché le rire, la beauté, la fureur de vivre. Ils veulent nous monter les uns contre les autres, ils veulent qu’on se livre bataille et qu’on se retourne contre ce qui nous est cher, ce qui nous unit. Ils veulent qu’on ait peur, peur d’être libres, peur d’être soi, peur d’être nous, ensembles. Ils nous provoquent, ils veulent qu’on finisse par nourrir le monstre nous-même en laissant les extrémistes prendre le dessus et les enfants d’immigrés se sentir exclus de leur propre terre.
Alors on dirait bien que 2015 se termine comme elle a commencé, dans le deuil, la douleur, l’incompréhension. Face à ce sentiment d’impuissance et l’obligation d’accepter une souffrance que l’on a pas choisie.
Ma belle France, pays de liberté, pays qui vit, pays qui rit, qui pense et qui n’a jamais hésité, au cours de son histoire, à se lever contre les infamies, pays qui aime, pays qui danse, pays qui prie, qui gueule ou qui médite en silence. Croient-ils vraiment venir à bout de nos espoirs, de nos rêves, à coups de Kalashnikov, de barbarie et de douleur, croient-ils vraiment pouvoir nous déposséder de notre âme, nous rendre violents envers nos frères et soeurs, nous enlever le sourire, croyez-vous vraiment que ces gens puissent venir à bout de nous, à bout de la vie elle-même?